Nous sommes dimanche , aujourd'hui . Et j'aurais aimé ne jamais m'être réveiller .Accoudée à ma fenêtre , je fume en griffonnant mes pensées fuligineuses sur mon journal .
Tokyo , le 5 Janvier
« Je me suis réveillée ce matin, en écoutant la télé annoncer quelque chose sur le désastre de ce monde. J'ai pris conscience que je manquais terriblement de bon sens . Parce que je me suis désintéressé de ce qu'annonçait la voix suave de la télé , je sais très bien ou je vis et j'ai besoin de vivre ailleurs. Je le sais , tout ce à quoi j'aspire je ne l'aurais jamais . Je n'obtiendrais rien de la vie .Je voudrais comprendre pourquoi ça se passe comme ça, pourquoi je ne trouve plus de raison a rien. Je sais que cette nuit seras comme toute les autres , alors je laisse l'obscurité emplir la pièce , je n'ai plus peur du noir . Ce soir je m'en délecte . Je tend l'oreille pour saisir le murmure incertain de ta voix grave mais je perçois juste le son de la ville qui s'éveille en contre bas. De l'autre coté de la fenêtre, le ciel est parsemé d'étoiles et la lune, dans son premier quartier se lève derrière les buildings. Les poètes affectionnent la pleine lune, ils lui ont consacré des milliers de vers, mais je préfère cette demi-lune, car elle a encore de l'espace pour grandir, s'étendre et emplir de lumière toute sa surface, avant l'inévitable décadence. Ce soir je trouve la ville particulièrement belle , cela ne veut pas dire que je sortirais de mon appartement . Pas question que je mette un pied dehors .Non je ne suis pas folle , j'ai juste décidé de me coupé du monde et de la souffrance .Pourtant je sens la peine s'infiltrer par tous les pores de ma peau et s'insinuer dans mes veines. La solitude me consume et finira par me détruire . Je le sais bien . »
Quelqu'un frappe à la porte .Je décroise péniblement les jambes et tend les pieds pour atteindre le sol, écrasant ma cigarette dans le cendrier. Quelques pas suffisent pour que j'arrive à proximité de la porte que je déverrouille . Mon frère ce tient sur le pas de la porte les mains encombrées de sacs .D'un bref signe de tête je l'invite à entrer , il s'exécute et ce libèrent des courses sur le comptoir de la cuisine . Puis il ce retourne et m'observe attentivement .Je n'ai jamais vu autant de tristesse dans les yeux d'une personne, que dans ceux de mon frère , pas même dans les miens. Il faut croire que le malheur est semé sur la route de chacun et que nous ne somme jamais seul dans notre douleur. Personne n'a le monopole de la souffrance, c'est une des rares choses que l'homme accepte de partager. Nous étions deux écorchés vifs, la vie avait joué avec nos c½urs et nos sentiments. Nous étions deux ombres errant sur terre descendant cette route solitaire qu'est la vie. Je ne fais que croiser son regard, et je luis souris timidement
» Comment vas tu Sachiko ?
Je me retourne promptement sans prendre la peine de lui répondre . D'une allure nonchalante, je me dirige vers le salon et me laisse choir sur une chaise au bout de la table en bois. Il me rejoint et s'installe face à moi .
» Ça ne vas pas n'est ce pas ?
Un léger soupir s'échappe de ma bouche et, à l'aide de mes doigts fins, j'exerce une pression sur mes tempes endolories.
» Okay , alors disons que ce soir tu n'a pas besoin de moi .
Je laisse doucement mon front percuter la surface rugueuse du meuble . J'attends une minute , juste une petite minute avant de lui répondre . Puis je laisse tomber , et laisse mes doigt se refermer sur la paume de mes mains , essayant de contenir les émotions qui ce déchaîne en moi . Sa main s'avance pour dégager les mèches brunes qui cache l'intégralité de mon minois .Je me redresse avec peine sur mon siège.
» Qu'est ce que tu veux que je te dise Takéo . Tu ne devrais même pas me poser la question .
Ma voix se fait ferme et menaçante, l'atmosphère devient tendue. Sa mâchoire se contracte et il ferme les yeux un instant, cherchant au mieux les mots pour me répondre.
» Sachiko , il est temps que tu laisse le passer derrière toi . Il ne reviendras pas . Si tu ne le fait pas pour moi , fait le au moins pour lui , tire un trait sur ton passé . Ne pense plus à lui .Ne regardes plus en arrière Sachiko le passé ne reviens pas. Clore des cycles, fermer des portes, finir des chapitres - peu importe comment nous appelons cela, l'important est de laisser dans le passé les moments de la vie qui sont achevés . Le temps ne m'a jamais semblé être aussi court , alors ne le laisse pas s'évader par ta fenêtre . Je sais que c'est dur . Mais je n'aime pas ce que tu deviens Chiko' .Je ne sais pas grand chose à propos de vous , je ne sais pas grand chose à propos de ton amour. Ce que je sais en revanche c'est que je ne veux pas que tu passe une soirée de plus dans cet état , tu ne peux pas .Parfois j'aimerais t'écouter respirer pour vérifier si tu es bien vivante . Il à préféré les cieux . Mais toi tu à encore tant à découvrir ici , et crois moi Chiko' j'ai beau être marqué par cette vie , le matin quand je sort de chez moi je sais que j'ai eu raison de me lever car il y a tant de choses qui m'attendent dans ce monde . Qui nous attendent . Ne te laisse pas partir . J'ai besoin de toi Sachiko .
© In-December-1993