Nouvelle III

Nouvelle III
« Il n'y a pas de désespoir plus absolu que celui qu'on rencontre
lors des premiers instants de nos premières grandes peines.
Quand on n'a pas encore connu ce que c'est de souffrir et guérir,
d'être désespéré et de s'en remettre.. »

Je ne savais même plus pourquoi j'avançais. L'esprit vide et le c½ur happé. Et l'on n'entendait guère le son de ma marche funeste et lourde, non, seulement celui de ce c½ur qui tentait vainement de hurler sa peine. Je n'étais plus rien, mais j'avançais, mon plateau entre mes mains tremblantes. Sans lever les yeux, je pris place à la table ou trônait déjà quelques filles, heureuses & connes, qui me considéraient probablement comme leur amie. Les pauvres, elles ignoraient que maintenant, je n'étais plus l'amie de personne. Je me détachais de mon siège, chancelante, le souffle court. Putain de merde, C. était vraiment partie.

_ Tu ne manges pas ? demanda J. , en pointant mon assiette du doigt .
 _ Je n'ai pas très faim.


Elles s'en foutaient , elles étaient hilares et j'ignorais pourquoi. Je les détestais, je leurs en voulais de ne pas être aussi triste que moi, et de continuer de vivre alors que C. avait cessée. Je fermais les yeux un instant, j'avais la gorge obstruée. Peut être que j'étais comme ça, avant. Dans tout les cas, C. était là. Et avec elle, je devais être belle, libre et vaporeuse. Peut être un peu stupide sur les bords aussi, la tête pleine de convictions et de certitudes, prête à croire que mon bonheur était éternel. A croire à tout, à rien, à des foutaises éphémères. Je croyais, en la vie, en elle, en moi, en nous, en tout. Et je vivais. Mais en partant, C. avait emportée toutes les croyances que m'offrais ma jeunesse dorée. Et ça faisait comme une chute de plus de soixante dix mètres. Un hurlement, la fin des temps, le néant. Pourtant je survivais encore, et je ne disais rien, avec cette même litanie constamment au bord des lèvres. « Reviens-moi. » Mais elle ne reviendrait pas. Tout simplement parce que c'était ça la mort. Et je survivais, malmenée et tourmentée, face à ma propre déchéance. J'en crevais, le c½ur broyé par cette vague de souvenirs douloureux et éphémères,et j'en crève sûrement encore, brimé par ces souvenirs inscrits, ancrés au plus profond de mon âme, qui me transpercent le c½ur à chaque nouveau battement. Je n'étais plus qu'une poupée. Un pantin désarticulé dans un corps ravagé, s'accrochant désespérément à ce semblant de bonheur incolore. Parce que le bonheur véritable, je l'avais connue, avec ma tendre amie. Et au milieu de ce réfectoire, je pleurais, je pleurais ce maudit bonheur disparus. Des larmes, il ne me restait plus que cela, avec mon âme déchue. Et des gens s'activaient autour de moi, faisaient danser mes cheveux, et me demandait ce qui m'arrivait. Ils ne savaient pas, ne comprenaient pas. Les fous, ils ignoraient ce à quoi ressemblait la souffrance. Personne n'avait jamais comprit d'ailleurs, ce qui m'étais arrivé. Certains parlaient d'un deuil, d'autres d'une dépression. Mais tout ça semblait absurde, j'étais trop jeune, pour vivre des trucks pareil. Le regard rougi par le manque de sommeil et obscurci par les larmes, je relevais la tête et sortit de la salle en titubant. Et je les laissais là, comme des cons, se détestant de ne pas m'avoir arraché mon secret. Je soupirais . Avant , vivre tout ça été si facile. En réalité, vivre avait toujours été facile. Je grandissait dans une famille unie et sans histoire, couvée et protégée par des parents qui m'adoraient. Vivre était facile, et je l'aimais, ma vie. Mais ma vie, c'était aussi ma meilleure amie. Celle qui me connaissait mieux que personne. Et elle était morte. Et ça faisait une semaine. Et je m'échouais dans les piteuse toilettes de mon collège, en dégueulant la bile de mon être et en hachant ma chair à coup de compas. Ô comme elle s'annonçait belle, cette précieuse adolescence.

© In-December-1993

# Posté le lundi 22 juin 2009 10:52

Modifié le lundi 22 juin 2009 11:06

Texte XIII

Texte XIII
____________ » Lolita Pille. Ses mots sont difficiles & douleureux. Ses maux sont vrais.


« Now, there is a space, in my life. »

__________ Je suis la fille qui me fait peur chaque matin. Pour oublier, j'idolâtre la journée à venir. Il fait encore presque nuit, je l'entends fuir l'habitacle et l'autre souffrir dans son sommeil. Mais il y a des matins ou je rêve de changement. Il y a des jours où la musique entêtante de mes congénères me lasse, je ne désir plus subir ce tas de notes accordées sur un ordinateur, mes sens réclament autre chose. La douceur du chant chuchoté au coin d'une guitare est ce dont je rêve et c'est peut-être la seule mélodie qui arrivera à m'offrir un peu d'espoir. Il y a des jours qui ne m'inspire pas, l'écran de télévision ne m'attire plus et la lumière qui s'en échappe me brûle les yeux. Il y a des jours où je m'imagine affronter les herbes folles et les abricotiers pour finir appuyée contre un amandier. Les étoiles serait mes seules camarades et la Lune, belle et éphémère, m' éclairerais faiblement pour pouvoir distinguer le Pagnol qui trône entre mes mains. La lassitude de mon quotidien aurait disparus pour un instant, car, parmi le silence, mon c½ur soufflerais. Il y a des jours où un manque survient. L'oiseau qui nichait près de ma fenêtre, près de mes réveils et de mes sommeils, s'est envolé vers d'autres horizons. Mais le mien ne change pas et les réminiscences des couleurs de ses plumes font surgir dans mes yeux une mélancolie inexplicable. Il y a des jours où je me sens normal face au monde, où je ne souhaite plus me cacher et où j'ose enlevé ce masque, ce voile de pudeur. Il y a des jours où je voudrais m'éloigner, partir là où je voudrais être. Mais il y a des soirs comme les autres, où rien ne change, et où rien n'est plus fort que le passé et la fatigue. Alors je m'abandonne, une fois encore. Je suis la fille qui me fait peur. Chaque matin & chaque nuit. Même la lune vient d'arrêter de sourire. Je suis morte. La solitude et l'amertume finissent par avoir raison de vous au bout de quinze petites années. La solitude vous ronge et l'amertume vous vide. C'est une équation parfaite, je dois dire. Peu nombreux sont ceux qui ont sortis la tête de l'eau. Inexistants sont ceux qui ont su retrouver un rythme respiratoire régulier. Je pourrais vous l'expliquer de long en large, ce sentiment. Sur mon reflet symétrique, moi je n'y vois que la médiocrité. C'est précisément là que l'on commence à perdre pied. A ne plus faire la différence entre ciel et terre. C'est triste, vous savez. Et puis, à tort ou à raison, je suis morte. Je pense. Je n'ai pas de certitude du comment. Ni du pourquoi, d'ailleurs. Un matin . Mal aux entrailles. Explosion . Puis plus rien. Je crois que je suis morte du c½ur. Je crois qu'il avait cessé de respirer après quinze années difficiles. Je suis morte, abjecte, affreuse et malheureuse. Et le pire dans tout ça, c'est qu'il y a encore des jours ou je rêve de changement.


© In-December-1993

# Posté le mardi 08 septembre 2009 14:46

Modifié le mercredi 14 octobre 2009 12:50

Texte XIV

Texte XIV


« J'me fais une vie après la pluie.
Pas du tout mièvre, un peu cruelle,
Et le ciel, il est pas noir,
Il t'enlise ou il te broie,
Il frise et frôle la crise,
Et moi je poétise,
Et moi je perds mon temps.. »

__________ J'en ai marre. Certains diraient ras l'cul, mais ils seraient vulgaires. Mais ils auraient raison. J'en ai marre de ces gens là. Précisément. Ils pensent de travers. Parce qu'ils pensent pas seuls. Seuls, ils ressemblent à quelque chose. Quelque chose de plausible. Quelque chose de... vrai ? Pardon de ce mot si simple, mais écoutez, je vais finir par le crier, mon coup de gueule. Je vais vous dire : on la perdu vérité. Les vrais, la simplicité. On suit. On ne refléchit pas, voyons, c'est trop dur. On suit. On suit, on fait Tout ce qui nous tue, mais on s'en fiche parce que les autres le font. Seul, nous sommes uniques, ensemble, nous sommes des caricatures de nous-même. Identiques, fades. Il arrivera un moment où la terre mourra d'avoir fait naquir des souffrances et des cons, des guerres et des égoïstes. Elle crevera de nos saignements, de nos agissements. De notre inconscience. Elle agonisera dans un concert d'hurlements, de bombes et de jets de pierres. Elle laissera son dernier souffle à porter de nos mains dévastatrices, de nos corps en lambeaux. Elle nous haïra jusqu'à sa fin et elle se haïra de nous avoir donner cette putin de chance. Elle nous criera assassin. Meurtrier. Et puis elle s'en ira, avec sa haine et son dépit . Je creverai de mon coeur trop lourd. Je demanderai pardon à un mur de briques. J'assecherai les rivières pour me permettre de boire, et même si la rivière est rouge d'un sang qui n'a pas fini de couler, je boirai quand même. Je détruirai pour me laisser vivre. Je détruirai ces champs. Je détruirai cet air pollué. Je rendrai ce ciel gris, parce que le bleu ne me plaît pas. Je transformerai la terre en terrain vague, et je laisserai les égoïstes pousser. Je creverai car mon coeur est trop lourd. « __ Nous avons tous des secrets enfouis dans les tréfonds de notre c½ur, des blessures qui te taillade l'âme, des cicatrices sur le corps. Nous sommes faibles, M. , et tentons de le cacher au reste du monde. C'est une espèce de fierté humaine, j'crois bien. L'autre, , il n'est pas plus fort que toi, il veut juste te le faire croire. Mais si tu l'observes, si tu viens gratouiller un peu le beau masque qu'il s'est façonné, tu trouveras des fissures dans l'idéal qu'il s'est forgé. Apprend à connaître l'autre, ami. »L'homme doit apprendre la lucidité. & sur ce, je suis retournée à mon affreuse valse factice. Parce qu'on est déjà morts mais on ne le sait pas encore et nos c½urs sont en faillance, ivres, égarés, face à face avec le nulle part, on ne crache plus, on boit. Rien ne se répare. Ne plus jamais se laisser apprendre, garder pour soi la moindre vérité. N'être là que pour la baise & surtout pas pour les mots tendres. Descendre, descendre pour ne plus jamais à avoir à remonter. Nos mélancolies se mélangent et nous crées des putains d'emmerdements. Et l'on se bousille et l'on se saigne et on se dilapide et on s'égrène et l'on se fusille et l'on se parsème et on se dégoupille et on se malmène de façon malsaine.


© In-December-1993


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# Posté le dimanche 11 octobre 2009 12:46

Modifié le mardi 27 octobre 2009 10:21